LE CONCEPT

Des documentaires, des films aux points de vue affirmés et des débats, telles sont les ambitions du Monde en face présentée par Marina Carrère d’Encausse. Dans un monde en pleine mutation, jamais le besoin d’une parole brute et sincère n’a été aussi fort, pour raconter la société française et le monde d’aujourd’hui, ses fractures et ses combats, pour décrypter la nouvelle donne géopolitique et les enjeux de la mondialisation.

LE PROGRAMME

  • Diffusion : le mercredi à 20h50
  • Chaine de diffusion : France 5
  • Présentateur : Marina Carrère d’Encausse
  • Production : MFP

LA VIDÉO

L’interview

Photos de famille à l’appui, Marina Carrère d’Encausse nous a reçus à son agence 17 Juin Media. Elle a évoqué pour nous ses jeunes années, son amour des livres, ses trois enfants et a dressé l’arbre généalogique d’une famille dont la double culture franco-russe se transmet de génération en génération.

France Dimanche (F.D.) : Votre premier roman, Une femme blessée, paru au mois d’octobre, a été bien accueilli par le public ainsi que par la critique…
Marina Carrère d’Encausse (M.C.D.) : Tout à fait. Je le dédie d’ailleurs à mes trois enfants, Thibault, Lara et Hugo. Mon envie d’écrire un roman remontait à très loin. Pourtant, ce n’était pas simple, entre mon frère, Emmanuel Carrère, qui est l’un des plus grands romanciers actuels, et ma mère, secrétaire perpétuel de l’Académie française. Mais à un moment, je me suis dit : « Tant pis, j’y vais, je fonce!»

F.D. : Aviez-vous peur d’être comparée à eux, tous deux très célèbres ?

M.C.D. : J’étais moins inquiète d’éventuels rapprochements avec ma mère et mon frère que d’être publiée par un éditeur sans savoir écrire, tout simplement en raison de mon statut de personnage public et d’animatrice. Quelle horreur ! Ma grande angoisse était qu’on me dise : « Arrêtez ce massacre, arrêtez les livres et retournez sur le plateau de télévision du Magazine de la santé  ! » Ce sont donc les lettres et les critiques de mes lecteurs, plus encore que celles des journalistes, qui m’ont touchée : je n’ai reçu que des courriers chaleureux !

F.D. : Avec une maman d’origine russe, vous parliez quelle langue à la maison ?

M.C.D. : Le français. C’est ma mère, à la fois russe et géorgienne, qui m’a appris à lire quand j’avais 5 ans, avant mon entrée à la grande école, en utilisant une méthode de lecture rapide. Quand j’étais enfant, maman ne parlait pas russe en famille. Peut-être à cause du mauvais accent de mon père ! Pourtant papa, qui est français, a appris, pour faire plaisir à maman, à parler à la fois le russe et le géorgien. Un effort très méritoire de sa part, car si la première langue est très difficile, il faut encore plus s’accrocher pour apprendre la seconde !


F.D. : Racontez-nous votre enfance et cette double culture !

M.C.D. : Maman recevait beaucoup d’invités venus d’URSS et qui parlaient russe. Des gens du gouvernement ou même du KGB. J’avais le droit d’assister à ces réceptions, du moment que je me taisais. La porte de la maison était grande ouverte, à la russe ! Quand mon père, qui était assureur, partait en voyage, avec mon frère et ma sœur nous tirions nos matelas dans la chambre de maman : on dormait à quatre dans la pièce, comme dans un kolkhoze ! Et puis j’ai été élevée avec mon frère et ma sœur par une Tsigane qui parlait un russe un peu bizarre.

F.D. : Qu’en est-il pour vos enfants ?

M.C.D. : Thibault, Lara et Hugo ont appris le russe à l’école, en deuxième langue. Ils n’étaient pas enthousiastes au départ, mais, aujourd’hui, ils ont envie de poursuivre leurs études.

F.D. : Célébrez-vous les fêtes russes à la maison ?
M.C.D. : Pendant longtemps, en plus du Noël et du nouvel an français, nous avons fêté le Noël et le nouvel an orthodoxes à la maison, qui ont lieu quelques jours plus tard. Aujourd’hui, j’ai arrêté. Je ne célèbre que la pâque russe, très importante dans notre culture, et je vais à l’église orthodoxe. Comme cette fête est décalée de quelques jours par rapport à celle des catholiques, ma mère et moi devons toujours prévoir la date à l’avance, pour préparer les gâteaux !

F.D. : Êtes-vous une travailleuse acharnée ?

M.C.D. : Au contraire, je suis très paresseuse. Si je n’avais pas un rendez-vous chaque matin, je ne me lèverais pas ! Je lirais toute la journée dans mon lit. Ce serait un enfer ! En plus, je ne peux pas travailler chez moi, avec les enfants… Mais je deviens une bosseuse à partir du moment où je suis installée à une table de travail.
Cédric Potiron

Source : France Dimanche