Jean-Louis Blot aime les challenges et défend plus que tout le fait de penser différemment. À la tête de Warner Bros. International Television Production France, découvrez son parcours et son quotidien.

Comment décris-tu ton métier ?

Mon métier consiste à rassurer les diffuseurs, protéger les équipes et délivrer des émissions qui correspondent à la demande initiale. Il faut être multi-casquettes. Je suis manager, vendeur et fabricant. Mon métier englobe ces éléments essentiels.

Qu’est ce qui te plait le plus dans ton travail ?

C’est simple, ce qui me plaît c’est de me fixer un objectif et de l’atteindre.

Quels ont été pour toi les plus belles réussites de ta carrière à ce jour ?

Mes plus belles réussites ont été, par deux fois, d’avoir démarré “from scratch” des sociétés qui aujourd’hui ont pignon sur rue : la BBC et Warner.

La mise en place de sociétés de productions internationales est-elle formatée ?

Non pas nécessairement. Tu établies la mise en place, l’équipe et la taille de la structure dont tu as besoin. J’ai eu la chance d’avoir la liberté de décider des organisations à mettre en place à chaque fois.

Quels sont les postes dont tu as besoin autour de toi ?

J’ai besoin de quelqu’un au développement, de quelqu’un en charge de l’organisation financière, des ressources humaines et du juridique, de quelqu’un sur les productions et d’une autre personne sur les contenus. Et surtout mon assistante, Lucie, mon deuxième cerveau. 

Quel est ton parcours ?

Je suis originaire de Tours. Après une Fac d’histoire, j’ai fait l’IEP (institut d’ études politiques) d’Aix puis un 3 ème cycle en communication à Audencia (Sup de Co) à Nantes. J’aimais les études mais je n’avais pas d’envies particulières, ni d’objectif. J’ai ensuite enchaîné des stages. En premier, chez NBDC (Newman-Berger -De Caunes) où j’étais documentaliste sur un prime pour France 2. Là, j’ai commencé à m’intéresser à l’audiovisuel. Je suis passé par Gédéon (toujours en stage) puis Grundy (ex Fremantle) en tant que Responsable Développement.

Tu as très vite évolué donc !

En fait, le métier de responsable du développement n’existait pas vraiment. Grundy a été l’une des première boîte à avoir un service de développement. Nous étions, alors, à la genèse du “Format” tel qu’il existe aujourd’hui. Je suis passé par Case Productions au poste de rédacteur en chef puis chez Réservoir en tant que directeur artistique. Je suis reparti sur du développement chez MD prod (Mireille Dumas) puis directeur des programmes pour Aufeminin.com et responsable du développement chez Air Prod aux côtés de Nagui avant de développer la BBC au poste de directeur général puis président de Warner aujourd’hui.

Qu’est ce qui te plaît le plus dans ton travail ?

Les rencontres. Nous avons la chance de faire un métier où nous rencontrons un nombre de gens différents dans des domaines variés. Par exemple, je passe d’un rendez-vous de deux heures avec Gérard Depardieu que je n’aurais jamais pu faire dans une autre branche à des entretiens d’embauche. C’est une véritable richesse. Ce qui me plaît aussi c’est le challenge ! Il faut des objectifs clairs et savoir prendre des risques.

C’est quoi un bon producteur ?

C’est l’audace qui fait le bon producteur. Il faut un grande force de conviction. Chaque émission est un pari. Il faut convaincre le diffuseur et les talents. Il y a des émissions difficiles à vendre et facile à mettre en place. L’inverse est aussi vrai. Il faut convaincre les gens de partager une aventure ensemble. Les contenus ne sont pas tout, monter une société est aussi une aventure audacieuse. Avec Warner je passe d’un bureau seul en septembre 2016 à plus de 200 personnes aujourd’hui, ce sont des aventures grisantes.

Tu es plus entrepreneur qu’artisan en fait ?

Tout à fait.

Quelle est ta journée type ?

Je commence à 9h avec les audiences, puis je suis au téléphone avec pas mal de gens. J’ai ensuite 1 ou 2 rendez-vous puis je déjeune, en général ce sont toujours des déjeuners d’affaire. J’enchaîne ensuite des conf/call, réunions. Je me laisse 2/3 heures libres pour réfléchir. C’est important pour moi. Et à partir de 19h et jusqu’à 21h je suis au téléphone et j’ai 2 à 3 dîners professionnels par semaine.

Les chiffres sont importants à ton poste, n’est ce pas ?

Évidemment ! Ce n’est pas le plus important mais ils structurent le réel.

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

J’aime la télé. Je regarde la télé, particulièrement tout le flux et les documentaires. Je “consomme” des séries et je “regarde” des émissions en tout genres. Il faut percevoir les tendances et les analyser pour avoir une avance sur la concurrence. Pour m’aider, j’ai une super équipe de développement qui fait de la veille .

Quelles sont tes passions ?

En ce moment, j’aime beaucoup lire de l’Heroic fantasy. J’ai lu tout David Gemmell. Mais ma vrai passion, c’est le rock. 

Ça se ressent dans ton bureau !

Oui ! C’est le seul endroit où tu verras Cyril Lignac à côté des Sex Pistols. Derrière mon bureau c’est une photo géniale d’un gilet jaune pendant les manifestations. Là-bas, des Dr Martens côtoient un trophée de Danse avec les Stars et Sid Vicious est face à ma bibliothèque remplie de bouquins sur le rock. J’ai récupéré une affiche de mon oncle de Mai 68 que j’aime particulièrement. Elle vient des Beaux Arts en Mai 68, c’est une fierté. Revenant d’Amérique Latine à cette époque, il était vu comme un révolutionnaire.

C’est quoi tous ces carnets ?

J’ai toujours des carnets et je les gardes. Après ils sont stockés je ne sais où et je ne les consulte jamais. Je fais pas mal de “doodling” dessus ! En fait je griffonne, je note des mots clés, je fais des associations d’idées. Ces carnets ne servent pas à tout noter, ils sont plus un support pour m’encourager à réfléchir. 80% de mon temps de cerveau est pour mon boulot. 

Pourquoi le choix d’Atlantis pour ton installation de Warner il y a 4 ans ?

Je voulais être dans un bureau où la vie était déjà présente. Entre la Paillote et les montages, Atlantis est le lieu de vie et de travail idéal. Frédéric Houzelle est un ami et j’ai toujours eu d’excellentes relations avec Atlantis. C’est ici que ça se passe !

Quels conseils donnerais-tu à un jeune qui veut faire de la télé ?

Je lui conseillerais d’être pertinent. Il faut savoir apporter des solutions et des choses intéressantes. Çela ne sert à rien d’enfoncer des portes ouvertes et de répéter ce qui est déjà fait. Il faut savoir cultiver sa différence.

Tu te sens différent ?

Oui. Je me sens différent parce que j’essaye de penser différemment. J’essaye d’avoir une autre vision. Quand on fait une analyse de l’histoire selon Karl Marx : chaque tournant historique correspond à un moment fort de lutte des classes. Moi, j’essaye de voir les choses avec logique : ça + ça = ça. J’essaye d’analyser les situations et de théoriser le réel au maximum ainsi que la réalité de notre marché. Par exemple, au démarrage d’une boîte, je réfléchis au positionnement que je veux lui donner avant de partir bille en tête. Je ne suis pas tout de suite sur le contenu. Par ailleurs, je tente d’avoir un avis tranché et légitimé. Il faut toujours avoir les preuves de ce que l’on avance avant de le partager. En fait, il faut être audible dans notre métier et donc, dire les choses que les autres ne disent pas.

Tu fais quoi quand tu ne fais pas de la télé ?

Je passe du temps avec ma femme, mes enfants, mes proches et mes amis, comme beaucoup non?

On peut te souhaiter quoi pour le futur ?

De réussir le prochain challenge !