Comment décrirais-tu ton métier ?

Je suis monteur avant tout. Et, selon les projets,  j’ai plusieurs casquettes : chef monteur, lisseur post-production, parfois réal post-prod. Ça dépend vraiment des émissions et de leur mécanique. J’ai commencé par le montage, comme beaucoup. Avec l’expérience, tu progresses, tu observes,  tu apprends… Et tu finis par trouver ta patte. Et quand les productions aiment ce que tu fabriques, on te confie des projets plus importants.

Quel est ton parcours d’études ?

Il est un peu atypique. J’ai fait un BEP vente, puis un bac pro vente en alternance. Ça ne s’est pas terminé comme je le voulais et j’ai dû arrêter. L’école ne m’a jamais vraiment plu. À ce moment-là, des amis faisaient de la musique, on avait tous des caméras. J’ai commencé à les filmer et à monter leurs clips. Je faisais aussi des expériences “maison” comme mettre mes parents sur fond bleu pour leur faire présenter la météo. C’est là que j’ai compris que je voulais raconter avec des images. 

Tu as toujours voulu faire de la télé ?

Oui. La télé m’a toujours fasciné, surtout les coulisses. Quand je regardais un film, je regardais le making-of. Très vite, j’ai su que je voulais monter.

Qu’est-ce qui te plaît dans le montage ?

Raconter des histoires. Le montage te donne une liberté énorme : tu peux créer une tension, une émotion, un rythme. Tu prends une matière brute et tu la transforme en récit. C’est ce pouvoir narratif  qui me plaît.

Ça fait combien de temps aujourd’hui ?

Dix-huit ans.

Et tu n’as jamais eu de lassitude ?

Non, parce que je change de projets. Et je choisis souvent aussi en fonction des équipes : travailler avec des gens que tu apprécies, ça tout. Récemment, j’ai travaillé sur un nouveau format pour M6, produit par Puzzle Media : des célébrités envoyées dans un temple en Corée pour vivre comme des moines Shaolin pendant huit jours. Coupés de leurs téléphones, régime vegan, épreuves physiques, retraite spirituelle. Sur ce genre de projet inédit, je dis oui tout de suite.

En ce moment, tu travailles sur quoi ?

Sur une émission qui s’appelle Les Tricheurs. C’est un format hybride entre jeu d’enquête et télé-réalité. Des candidats connus doivent démasquer celui ou ceux qui trichent. Je trouve que cela reflète bien l’évolution des formats : on est moins dans la pure télé-réalité d’”enfermement” et d’avantage dans des mécaniques de jeu, d’enquête où le téléspectateur participe. Il essaie de comprendre, de deviner.

 

C’est quoi une journée type pour toi ?

En ce moment, je suis en lissage, donc on passe après les monteurs. Le réal post-prod, Romain Kinoo, découpe l’épisode en quatre parties. On est quatre : chacun prend environ dix minutes à traiter dans la journée. Et à la fin, le dernier qui termine assemble. Ensuite, Romain fait une relecture globale pour vérifier la cohérence et le rythme, puis ça part à la production. Jenifer Baumann valide ensuite l’épisode et nous transmet ses retours et ajustements.

Quel poste te plaît le plus ?

J’aime la diversité, mais ce que je préfère, c’est le montage. Partir de zéro, quand tout est à construire : tu prends la matière brute et tu lui donnes une forme. Là, tu ressens vraiment la création. Le lissage est essentiel aussi, parce que tu renforces et tu améliores, mais l’énergie est différente.

Comment es-tu arrivé en télé ?

Un peu par hasard. Après une formation privée que j’ai financée avec un crédit étudiant, j’ai fait un stage au Morning Café sur M6 , à l’époque présenté par Zuméo. Je préparais les sujets en régie, je posais les micros, je digitalisais les bandes… Et l’après-midi, un monteur me formait. À la fin de l’année, il est parti et m’a laissé sa place. C’est là que j’ai vraiment appris.

Tu es parti sept mois en Australie. Tu n’as pas eu peur de perdre ta place ?

Si, bien sûr. Dans ce métier, si tu ne réponds pas, quelqu’un d’autre prend la place. Mais mes contacts sont restés et je suis revenu dans le circuit. Avant de partir je travaillais beaucoup au siège de M6, donc j’étais aussi très visible. Ensuite, au retour, j’ai pu reprendre sur différents programmes en interne.

Tu regardes encore la télé ?

Je regarde surtout les plateformes. Mais j’observe beaucoup les télé-réalités américaines. Surtout les trois premières minutes. Leurs intros sont impressionnantes :  c’est comme des bandes-annonces. On apprend énormément en analysant ça.

Comment vois tu l’évolution de ton métier avec l’IA ?

Je vois l’IA comme un outil. Elle peut générer des sous-titres, transcrire des interviews longues en quelques minutes… c’est un gain de temps énorme. On va devoir s’adapter. Ceux qui ne le feront pas se feront dépasser. Mais le montage en tant que narration, je pense que cela restera profondément humain : raconter une histoire, ça demande une sensibilité.

Aujourd’hui par exemple, est-ce que tu intègres tes outils IA dans ton montage? 

De façon très concrète. Je pars bientôt deux semaines en Thaïlande et je me suis rendu compte que l’utilisation du drone est très règlementée là-ba : sans autorisation, tu peux avoir de gros ennuis. J’ai un petit drone que j’emmène partout, donc je me suis dit : comment je fais ? Et la réponse, c’est l’IA. Je pars d’un plan de référence que j’aime et je lui demande une vue drone crédible, pour générer des plans utiles sans prendre de risques. 

Que conseillerais-tu à un jeune qui veut faire du montage ?

Regarder beaucoup de programmes, se nourrir, observer le montage, et poser des questions. Il faut être curieux. 

Mais tu conseilles de faire une école, une formation technique ? 

Je pense qu’on peut déjà énormément apprendre en pratiquant, même avec un téléphone aujourd’hui. Mais une formation peut accélérer et structurer. L’idéal, c’est un mix : apprendre, pratiquer, puis se confronter au réel. 

Tu pourrais me dire quelles sont les les qualités nécessaires pour être un bon monteur?

La sensibilité, déjà. Moi je suis assez hypersensible, je me laisse embarquer par l’émotion, et ça me guide.  Si ça m’emporte, je me dis que ça peut emporter le téléspectateur. Et puis il faut de la curiosité, une culture des formats, et une capacité à raconter. 

Chez Atlantis, les équipes se retrouvent souvent. C’est quoi ton lien avec les lieux ? 

La salle de montage : c’est un peu ma maison principale. Je pense que j’y  passe plus de temps que chez moi. Forcément, les liens se créent quand tu partages aurant de temps avec les mêmes équipes. J’ai des amis chers ici, comme Alfred Gerbet par exemple. Et chez Atlantis, il y a aussi un vrai confort : en ce moment je suis au Dôme, et le jardin, c’est un luxe! Ca compte dans l’équilibre et dans l’énergie de travail.