Comment décris-tu ton métier ?

Je suis journaliste de sport. À ne pas confondre avec journaliste sportif, ce que précisait toujours, avec justesse, Thierry Gilardi . Il faut toujours faire attention aux mots dans mon métier.

Comment est née cette vocation ?

J’avais 16 ans. J’étais alors en première dans mon lycée à Lyon. Il y avait des soirées carrière organisées pendant lesquelles des professionnels venaient parler de leurs métiers. Jean-Bernard Cadier, alors journaliste à Europe 1 était invité et ce qu’il a décrit de son quotidien professionnel m’a tout de suite parlé. Au départ, je voulais être journaliste politique. J’ai fait mes études au CFJ à Paris et je me suis rapidement rendu compte que ça ne collait pas, je n’étais pas à ma place dans le domaine de la politique. En première année de licence je pars à Liverpool, une expérience enrichissante qui m’a permis en plus d’avoir l’anglais en plus à mon arc. J’ai toujours eu le goût du voyage, et, pour l’anecdote, j’ai pris mon premier avion à l’âge de 22 ans. Chez Canal Plus, ils cherchaient des stagiaires qui parlaient anglais. J’ai sauté sur l’occasion et mon stage a duré 24 ans ! 

À quel moment arrives-tu chez TF1 ? 

J’ai passé 24 ans chez Canal. Un jour, François Pelissier m’appelle. Cela concorde avec un moment où je ressentais le besoin de changer et voir ce que la vie me réservait. Je me suis même présenté à un plan social à ce moment là. La veille des validations du plan, je reçois un courrier de Canal me disant que j’étais un élément indispensable à la société. Je devais aller jusqu’aux J.O de Rio mais ils terminaient en septembre, période de recherche de poste trop compliquée. Je décide alors de terminer en Mai. Je rencontre François Pelissier et le discours respectueux qu’il tenait envers ses équipes actuelles ou sur le départ m’a profondément touché. Je commence l’aventure TF1.

Tu aurais fait quoi si tu n’avais pas été journaliste ?

Peut-être traducteur. Mon père était professeur d’allemand et ma mère professeur de latin-grec. J’ai baigné dans un univers d’enseignants.  J’aurais été trop seul si j’avais été traducteur je pense.

Tu as besoin du contact, des échanges avec les gens avec ton métier forcément ?

J’adore regarder les gens comme je le disais. J’aime le côté témoin et mon but est de raconter. On ne fait pas bien ce métier tout de suite. Il faut savoir se planter. Il faut apprendre, il faut une voix, une qualité d’expression.  J’ai réécouté un match commenté en 1992 et je sens que je n’avais pas assez de “soleil” dans la voix comme on dit. Tout se travaille.

C’est quoi une bonne voix ?

J’adorerai faire de la radio. Il fallait que je bosse beaucoup pour accepter mon image. Cela m’a prit 25 ans. C’est quelque chose de particulier l’image. Le commentaire est quelque chose que j’ai toujours aimé, on oublie très vite la caméra en fait. Ne pas être filmer m’allait très bien au début. Les plateaux, faire de la télé comme on dit, c’est plus compliqué. Aujourd’hui j’y prends du plaisir. Le bonheur de ma vie reste le commentaire.

Que préfères-tu dans ton métier ?

J’aime regarder les gens. Observer la vie. Un journaliste doit savoir regarder et savoir passer l’information. C’est vraiment une notion importante que celle de “passeur”, la transmission. Tu décris quelque chose de vrai. Il n’y a pas de mensonges avec l’information en sport. J’ai un métier qui me permet de faire deux choses essentielles pour moi : parler des autres et voyager. 

Comment prépares-tu un match ?

J’ai des fiches, les infos sur les joueurs par équipe. Je dois tout connaître par coeur. Je travaille avec un grand cahier comme support, c’est ce que je préfère le plus, cette phase de préparation, de recherche. Il faut aussi chercher les infos sur les journaux internationaux. Je parle plusieurs langues, cela aide. J’appelle quelques contacts même si aujourd’hui c’est plus difficile, il y a plus de filtres sur les infos. La veille je vais aux entraînements et je passe du temps avec Bixente Lizarazu. 

Comment fonctionne votre duo ?

Il y a des codes entre le consultant et le journaliste. Je fais la description et il fait l’analyse. On se croise dans notre façon de travailler. C’est une richesse, on ne se marche pas non plus sur les pieds. C’est assez fluide. Nous avons une belle rédaction et une super équipe entre les journalistes, cadreurs, preneurs de sons, monteurs … C’est un plaisir de travailler ensemble.

 

Quel est ton meilleur souvenir ?

L’Athlétisme à Pékin. Pendant une semaine nous étions sur un rythme fou. Nous étions sur le pont de 5h à minuit. Tous les jours avec des athlètes incroyables.  Je me suis rendu compte que j’étais réalisateur en plus de commentateur, j’indiquais au réalisateur tout ce qui se passait en simultané. Ils ont été les 8/10 jours les plus intenses de ma vie. C’était la période Usain Bolt… J’ai même décroché un scoop mondial pendant l’évènement, c’était fou. Liu Xiang devait courir et j’obtiens l’info en off qu’il est blessé et ne pourra pas courir. Je l’annonce et premier avec le stress de l’info car il se présente quand même au départ mais arrête aussitôt aprè§s son départ à cause de sa blessure. Ce sont des moments fous. Il y a aussi la dernière finale de la coupe du monde, France-Argentine. Au second but de Mbappé, on se lève avec Bixente. Il y a une émotion physique.

Elles sont à part ces émotions sportives ?

J’étais plus dans le contrôle avant. Là je vis de belles émotions. On s’équilibre plus en vieillissant je trouve et on peut se laisser emporter à de belles émotions. Je m’autorise à vivre les choses émotionnellement en plus du professionnel.   

Il y a peu de femmes dans le milieu du commentaire sportif, pourquoi ?

Il y a beaucoup de femmes en journalisme. On est un peu encore dans un vieux bastion mais cela change et c’est très bien. Il y a une vraie place pour les femmes évidemment. 

Quelle est ta semaine type ?

Le lundi c’est le débriefing de la veille. Mardi nous avons la conférence de rédaction, on avance sur les sujets, les enquêtes… Le mercredi je le réserve à mes enfants, c’est une journée précieuse pour moi. Jeudi et vendredi nous sommes en montage et je passe parfois à Atlantis. Dimanche c’est début de journée à 6h00 puis arrivée à TF1 entre 7h et 7h15 pour revoir les sujets pendant une heure, puis j’écris les plateaux. Il y a toujours un petit turc au bide avant la prise d’antenne, c’est bien. Après le plateau je retrouve ma famille. 

Quel est ton lien avec Atlantis ?

Beaucoup de temps passé en salle 607 et avec Régis à la Paillote ! Il y a aussi de super moments avec Yves Zarka en mixage, notamment pour une série de podcasts sur lesquels nous avons travaillé.

Quels conseils donnerais-tu à un jeune qui veut se lancer dans le métier ?

Je lui dirais d’arrêter de dire qu’il veut “commenter du foot”. Il ne faut surtout pas être mono-tâche. Il faut être sur du sport , être curieux. Tout a son importance. Il faut ouvrir ses chances en ouvrant sa vision, en enrichissant sa curiosité et en s’adaptant. Les notions de travail et d’humilité sont essentiels. Il faut apprendre à regarder, analyser et transmettre.