Comment décrirais-tu ton métier ?
Je fais un métier de rencontres où le lien et la curiosité des autres en sont l’essence. Par ailleurs, comme la plupart de ceux qui font ce job, je me délecte de fabriquer des histoires, les raconter, les approfondir et les transmettre, que ce soit en tournage ou en post-production.
Quel est ton poste aujourd’hui ?
En ce moment, je suis cheffe de projet en post-production sur Familles nombreuses : La vie en XXL, la quotidienne diffusée sur TF1. C’est ma 7ème saison sur ce programme. Selon les missions, je peux être aussi rédactrice en chef ou journaliste, tout dépend des besoins et de mes envies.
Concrètement, que fait un chef de projet sur cette émission ?
Ça dépend des saisons. Nous pouvons être amenés soit à finaliser des épisodes, soit à les construire. Nous sommes quatre chefs de projet. Actuellement, chacun suit plusieurs familles : on visionne tous les rushes, on décide des angles éditoriaux, on briefe les monteurs et on valide les montages ensuite.
Ton métier de base, c’est journaliste ?
Absolument, j’ai su très tôt que c’était le métier que je voulais faire, vers l’âge de sept ans. J’ai le souvenir d’une discussion dans la cuisine avec ma grand-mère : je lui ai annoncé que je voulais être journaliste, et elle m’a encouragée à suivre ma route. Depuis, c’est ce que je fais. On peut à juste titre se demander si travailler éditorialement pour des émissions de divertissement relève du journalisme. Honnêtement je me considère toujours journaliste, que je travaille dans le reportage ou le divertissement. J’ai la même rigueur dans la narration et les choix, simplement je ne raconte pas de la même manière.
D’où te vient cette vocation si tôt ?
D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été fascinée par les parcours de vie et les histoires que les gens portent. Une vraie curiosité aussi, avec l’envie de tout comprendre, et surtout ce qu’on ne dit pas. Peut-être également ai-je été influencée par la première émission télévisée à laquelle j’ai assisté : j’avais 5 ans lorsque mes parents m’emmenaient voir Le Téléthon, à la maison de la radio à Paris.
Tu avais des journalistes dans ta famille ?
Pas du tout. A l’époque, mon père était contremaître chez EDF et ma mère s’occupait de nous, leurs 3 filles. C’était pour eux un univers très lointain, mais ils m’ont laissé suivre ma voie me soutenant dans chacun de mes choix. Pour la petite histoire, mon père, une fois à la retraite, s’est finalement tourné vers le journalisme en devenant rédacteur pour le journal local.
Quel a été ton parcours d’études ?
J’ai fait une licence de Sciences de l’information et de la communication à la faculté de lettres à Nice pour terminer par un master de journalisme audiovisuel à l’École Supérieure de Journalisme de Paris. J’ai adoré mes études, j’aurais aimé les continuer d’ailleurs.
Pourquoi Nice ?
L’envie de soleil et de liberté je crois ! Évidemment, je ne l’ai pas tout à fait présenté comme ça à mes parents ; je leur ai dit qu’il n’y avait que Nice comme option possible après le bac pour ma Licence. J’aurais pu faire mes études bien moins loin de chez moi, mais quitte à m’éloigner, autant aller dans une ville qui me faisait envie. J’ai tout avoué à mes parents dans le train qui nous conduisait dans le sud pour mon inscription à la fac (8h de train, j’avais le temps de bien choisir mes mots). Bien qu’un peu surpris que je veuille m’exiler à 800 kilomètres, ils ont respecté mon choix tout en me responsabilisant sur celui-ci. Il n’y aurait pas de retour en arrière possible. Je n’ai jamais regretté, j’y suis restée 3 ans et j’y ai rencontré des amis qui sont toujours à mes côtés aujourd’hui. Je suis ensuite venue à Paris pour poursuivre mes études et enfin multiplier les stages et les expériences sur le terrain.
Justement, quels ont été tes premiers stages ?
Mon premier stage, j’avais 14 ans. Je l’ai étonnement obtenu grâce à mon grand-père. Lui aussi était étranger au monde de l’audiovisuel, mais il connaissait une journaliste, Marieke Aucante
Il faut dire que j’ai toujours trouvé une grande satisfaction à faire des stages. Même depuis la FAC de Nice, je n’hésitais pas à faire 900 kilomètres pour venir déposer moi-même mon CV dans les services de courrier de France Télévisions, TF1… C’est ainsi que j’ai été prise en stage sur les émissions culturelles d’ LCI. Il y a ensuite eu le Téléthon (cette fois de l’autre côté donc) avec l’écriture de centaines de fiches des animateurs, les émissions matinales de France télévision… Des expériences fondamentales pour la suite.
Quel a été ton premier vrai poste ?
C’est à la suite d’un deuxième stage dans la boîte de production de Julien Courbet que j’ai obtenu mon premier contrat de journaliste. C’était pour “Service Maximum”, sur France 2. Je découvrais l’adrénaline de la quotidienne, mes premiers tournages au pied levé et les nuits en montage pour livrer à temps. C’était grisant.
Tu étais lancée ?
Ce fût en effet un parfait tremplin. J’ai ensuite travaillé pour Toute une histoire à l’époque produite par Jean-Luc Delarue : formation incroyable au témoignage. Puis Tous ensemble, de nouveau avec Julien Courbet. Je suis passée du casting à la réalisation, très vite. C’est Nathalie Sebban, productrice, qui m’a fait confiance et propulsée. J’étais seule aux commandes avec peu d’expérience et la peur de mal faire. Nous tournions l’histoire de Colette et il fallait sauver la dernière épicerie du village. Je me suis formée sur le terrain, en allant de chantier en chantier, et j’y suis restée plusieurs saisons. Une vraie école de la débrouille : éditorialement, on ne pouvait rien préparer à l’avance. L’histoire s’écrivait au jour le jour, en fonction des héros de l’émission : des bénévoles.
Ensuite je suis passée par C’est quoi l’amour? avec Carole Rousseau, pendant 2 ans et la réalisation de Reportages pour TF1. Il y a eu également Top Chef, puis de nouveau le Téléthon, cette fois, ni dans le public ni en stage mais en tant que responsable éditoriale depuis Tahiti, puis la Guadeloupe. C’était le merveilleux et exigeant apprentissage du direct… Comme par exemple la coupure de faisceau à cause d’une pluie diluvienne soudaine qui a fait s’envoler tout une séquence et des mois de travail et de calage. J’ai aussi été assistante réalisateur sur le “Jour du seigneur”… Des expériences très variées !
On sent que les rencontres sont essentielles.
En effet, des rencontres décisives m’ont conduite à vivre plein de vies différentes et mon métier de mille façons. Tania Faure rencontrée alors que je postulais pour un stage pour M6 et qui m’a finalement embarquée avec elle sur Service Maximum. Nathalie Sebban et Tous ensemble. Catherine Sokolsky qui m’a fait découvrir le divertissement avec l’Addition S’il Vous Plait puis Othilie Barrot qui m’a fait évoluer sur les Familles nombreuses.
Tu as réalisé ton rêve en travaillant sur Pékin Express.
C’était mon premier poste de rédactrice en chef. J’ai travaillé sur la saison 10, en Malaisie, Philippines, Japon, puis sur la saison 11, Guatemala, Costa Rica, Colombie. Je rêvais de bosser sur ce programme parce qu’il alliait mon goût pour le voyage, l’aventure et mon travail. Des phases de casting jusqu’à la finalisation de la post-production, c’est un processus qui s’étend sur près d’une année.
Comment arrives-tu sur Familles Nombreuses ?
Je devais partir superviser un programme à l’étranger, annulé à la dernière minute à cause du Covid. Julie Grangeon, productrice à l’époque, m’a appelée pour quinze jours de renfort… et cinq ans plus tard -avec des allers retours sur d’autres programmes bien-sûr- j’y reviens toujours.

À quoi ressemble une journée type ?
J’arrive vers 9h30-10h. Le matin en général, je valide les structures. L’après-midi, je regarde les heures et les heures de rushes et d’interviews. Il faut réussir à maintenir un certain rythme car il y a plus de 900 magnétos à sortir en moyenne sur une saison. C’est vraiment une émission XXL ! Le maître mot, c’est “organisation” pour toujours avoir un coup d’avance. Avec l’équipe des chefs de projets, on a également instauré “la chaise de parole” dans notre bureau. Elle est destinée à toute personne qui serait dans le besoin de se déposer ! Très utile lorsqu’on rencontre une petite galère dans la journée, ou simplement lorsqu’on a envie de parler. Ça favorise l’écoute et donc ça fait dédramatiser !
Tu as une équipe au top sur Familles Nombreuses ?
Ce qui m’importe, c’est d’être contente de retrouver les gens avec qui je travaille le matin. Il m’arrive de plus en plus de choisir les programmes en fonction des équipes qui sont dessus. Je partage mes journées avec Catherine Sokolsky, notre productrice qui jongle avec des centaines de post-its, Lucile Martin, Chloé Raveaux et Vincent Calvet, chefs de projet avec qui on travaille main dans la main. Et des dizaines de talentueux monteurs! Et on travaille tous sous le regard affûté d’ Othilie Barrot, la directrice des émissions de narration.

Qu’est ce qui te plait le plus ?
Je suis très attachée à ce programme qui existe depuis près de 5 ans. On a vu naître des enfants, on les voit grandir, apprendre à parler, évoluer. Ce sont des familles qui nous font confiance dans des moments clés de leur vie, des moments intimes. C’est une matière incroyable à travailler et surtout une matière vraie, donc on en prend soin. J’aime aussi le principe de « feuilletonner ».
Même après la 30ème session de courses au supermarché ?
Oui , justement, tout le défi est là : il faut se challenger sans cesse pour renouveler ce qu’on raconte sans dénaturer les tranches de vie, trouver l’histoire dans l’histoire, le détail qui donne tout à coup une autre perspective au sujet.. En fait, c’est tenter de déceler l’extraordinaire dans l’ordinaire. Donc même quand il s’agit de la énième session de courses dans un supermarché, il y aura toujours une manière de la raconter différemment, que ça soit concernant, drôle ou intéressant (idéalement, les 3 à la fois!!).
Tu gardes le lien avec certaines familles ?
Normalement, en post-prod, non car je ne suis pas en contact direct avec elles. Mais je suis passée par la case tournage, et là oui, j’ai gardé contact avec certaines familles dont une par exemple avec qui nous avions en commun de nous retrouver à quelques jours d’intervalle sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle. Quand on tourne, on garde contact avec beaucoup d’entre elles parce qu’on instaure un vrai lien de confiance, et un lien tout court. J’ai toujours plaisir à recevoir des nouvelles et en donner.
Tu voyages beaucoup et souvent seule !
Oui, c’est mon sas de décompression, les espaces où je me ressource, où je ne suis dans aucun compromis. D’ailleurs, je pars souvent au dernier moment, en ne préparant rien ou le moins possible. L’un des voyages les plus marquants récemment a été le Népal en 2024. Je suis partie pour faire le premier trek de ma vie, j’en ai finalement fait deux!
– Camp de base de l’Annapurna (4 130 m)
– Camp de base de l’Everest (5 364 m)
Le deuxième, décidé la veille, en improvisation totale. Pour la première fois en 20 ans de pérégrinations, mon retour de voyage a été difficile. J’ai l’habitude de partir et revenir, c’est le deal, mais cette fois, c’était différent de tout ce que j’avais pu vivre. Moi qui n’avais jamais chaussé les moindres chaussures de randonnée, j’ai vraiment découvert la puissance de la montagne et le pouvoir de la marche.
Une autre destination marquante ?
L’Éthiopie. J’y suis allée trois fois. Partir à la rencontre des tribus, assister au rite de l’ukuli chez les Hamar (rite d’initiation pour devenir adulte qui consiste à sauter par dessus des taureaux), me perdre dans le désert du Danakil et être malade comme jamais je n’ai été aussi… C’est un pays qui m’a bouleversée. En quittant le territoire la première fois, j’ai pleuré pendant plusieurs jours.
Et ton prochain voyage ?
Probablement l’Inde dans l’ashram d’Amma entre Noël et le Nouvel An … Ce serait ma troisième fois dans ce lieu unique dans le Kerala. Amma, c’est une rencontre hors du commun. Là-bas, je vis toujours des moments d’une intensité rare. C’est un vrai retour à l’essentiel où l’on quitte ses identités sociales pour simplement « être ». Ça remet pas mal de choses en place.

Et le chemin de Saint-Jacques ?
Je l’ai commencé en juillet 2024, peu après mon retour du Népal. J’ai marché du Puy-en-Velay à Saint-Cirq-Lapopie, 15 jours. J’ai repris cette année, 15 jours, jusqu’à Maslacq, à moins d’une centaine de kilomètres de la frontière espagnole. En 2026, j’ai vraiment l’envie de le terminer. Ou plutôt que de le « terminer », de le poursuivre en y accordant bien plus de temps. Cette fois, environ 45 jours de marche seront nécessaires pour atteindre Saint-Jacques puis Fisterra, au kilomètre zéro… Mais à la seule et unique condition que mon corps me le permette. C’est lui qui décidera ! Chaque journée représente entre 6h et 10h de marche, et entre 25 et 35 km quotidiens. Les rencontres y sont incroyables : c’est un chemin magique et nourrissant à bien des égards. Il y aurait de quoi faire des reportages à chaque rencontre!

Quel est ton lien avec Atlantis ?
C’est un lieu où je me suis créé des habitudes, un lieu d’ancrage. J’ai vécu chez Atlantis des anniversaires, des soirées. Et je ne compte plus les fois où, dans notre bureau, on prononce le fameux nom de code : « Paillote ? »… il survient souvent vers 18h30, à l’issue d’une journée harassante où il devient nécessaire de décompresser ! Régis connaît trop bien nos petites habitudes, comme par exemple ma lourde réclamation de chips… Qu’il exauce parfois!
Une anecdote pour finir?
Le jour où j’ai fait brûler de la sauge dans ma salle édito pour en améliorer l’énergie… Avant même d’améliorer quoi que ce soit, à cause de l’odeur prononcée, l’agent de la sécurité a débarqué pensant que j’allais mettre le feu. J’ai dû le rassurer en lui disant que je faisais juste de mon mieux pour ramener des bonnes ondes!





